Ecrit d’invention / suite à l’oeuvre de François Mauriac, Thérèse Desqueyroux

Après avoir laissé Thérèse à Paris, Bernard repense au jour de l’incendie de Mano ( jour où Thérèse a commencé en l’ empoisonner ). Racontez cette journée cette journée du point de vue de Bernard.

Bernard s’engouffra dans le taxi arrêté à sa hauteur comme pour échapper à Thérèse. Dès qu’il eut fermé la porte du véhicule, il se sentit rassuré, comme protégé par cette nouvelle vie qui s’annonçait. Assis sur le siège, il regarda par la petite fenêtre de l’automobile l’endroit où il avait laissé Thérèse. Celle-ci semblait pensive, absorbée par la marée humaine qui s’agitait autour d’elle. Son corps, qu’il trouvait affreusement maigre la rendait fragile presque à la merci du monde extérieur. Bernard la regarda comme on observe les animaux sauvages. A la fois, inquiet et fasciné par cet être qui avait été capable du pire. Comment une personne aux apparences si frêle avait-elle pu manigancer un acte aussi affreux ?
C’est le chauffeur qui sortit Bernard de ses pensées lorsqu’il lui demanda sur un ton monocorde où fallait-il qu’il le dépose. Bernard, irrité d’avoir été interrompu dans ses réflexions, lui répondit d’une manière à la fois sèche et hautaine qu’il désirait se rendre à la gare d’Austerlitz.
Le taxi démarra après quelques soubresauts puis s’immisça dans l’avenue encombrée de véhicules. Le conducteur lui annonça qu’en raison de travaux sur l’itinéraire emprunté, la course serait plus longue que d’ordinaire. Bernard grommela. Il souhaitait être rentré à Argelouse le plus rapidement possible et en finir avec cette sordide histoire. Le front appuyé contre la vitre froide où commençait par endroit à se former de la condensation, Bernard regarda une dernière fois Thérèse jusqu’à ce qu’elle disparut. La reverrait-il un jour ? Bien qu’elle eut dit qu’elle s’engageait à être présente lors de tous les grands événements auxquels elle se devait d’assister en sa qualité d’épouse, Bernard restait sceptique quant à cette promesse. Elle allait sans doute disparaître à jamais en s’évanouissant dans cette ville gigantesque. Il se remémora leur ultime conversation, lorsqu’il s’était enhardi à lui demander les raisons de son geste. Dans son explication qu’il avait trouvé douteuse, elle avait évoqué l’incendie de Mano. Il est vrai que ce jour là, ce fut la première fois qu’il tomba gravement malade. Mais cependant, selon Thérèse, ce serait Bernard lui même qui aurait été à l’origine du premier empoisonnement. Il se souvenait précisément de cet événement.
Durant tout l’été, on avait craint des incendies dans toute la région. Ils finirent par se déclarer ce jour là. A Argelouse, on avait rarement connu une telle effervescence. La chaleur oppressait tout les habitants du bourg. Bernard vivait dans la crainte d’un incendie qui en quelques heures aurait emporté son patrimoine, symbole de sa puissance. C’est pourquoi, installé dans ce taxi, il se rappela le moment où il avait envoyé des employés dans la campagne environnante afin de lui rendre compte de l’avancée du brasier. Il revit Balion et les autres hommes pénétrer dans la maison. Il repensa aux propos qu’ils tenaient. Certains, effondrés, pensaient que l’incendie allait détruire le domaine tandis que d’autres plus nuancés considéraient qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter outre mesure. Pendant que le taxi se faufilait dans les artères parisiennes, les témoignages de ses employés lui revinrent à l’esprit. Bernard se souvenait qu’il s’attendait au pire. Qu’allait-il lui arriver si la fournaise anéantissait ses pins ? Toutes sortes de questions bousculaient son esprit au moment où le véhicule s’arrêta à un feu rouge. C’est alors qu’il se remémora que machinalement il avait versé les gouttes de Fowler dans son verre. Avait-il négligemment dépassé la dose prescrite par son médecin ? Même en se triturant l’esprit, il était incapable de s’en souvenir. Le chauffeur de taxi tenta d’engager la conversation en lui tenant des propos futiles sur le quotidien à Paris. Mais Bernard plongé dans ses pensées ne lui répondait que par des hochements de tête et ne s’intéressait aucunement aux sujets évoqués par le conducteur. Il revoyait Thérèse, assise à la table dans le grand salon, tripoter ses amandes comme une enfant. Le comportement passif de cette dernière lui revint à l’esprit. Elle était en dehors de cette agitation, comme absente. Elle paraissait étrangère à l’excitation ambiante et non concernée par les événements. Bernard se rappela alors de l’inquiétude qui le submergea à cet instant. Au moment où le taxi traversa la Place de la Concorde, il se souvint s’être empressé de boire son traitement afin  de suivre Balion. En effet, il désirait à tout prix voir de lui même la propagation de l’incendie. Ils avaient pris une voiture et s’étaient approchés au plus près de la fournaise située à plusieurs kilomètres du domaine. Des scènes repassaient dans son esprit. Ce jour là, le vent leur était favorable et l’incendie n’allait pas détruire les forêts de son domaine. Il se revit soulagé, rentrant à Argelouse et retrouvant Thérèse là où il l’avait laissée. Il se remémora l’instant où il entra dans la pièce et revit Thérèse faire semblant de ne pas l’entendre. Les images de Thérèse décortiquant ses fruits secs défilaient devant ses yeux tandis que le chauffeur tenait des propos fort désobligeants envers les cyclistes qui se faufilaient entre les voitures à l’arrêt à cause des travaux. Absorbé par ses souvenirs, Bernard ne prêtait aucunement attention à la circulation. Il se rappela alors avoir été gêné par le désintérêt que portait Thérèse à l’émoi suscité par l’incendie. Il avait rompu le silence qui pesait dans la salle à manger en l’informant que ce sinistre n’occasionnerait aucun dommage à leur propriété. Bernard se souvint avoir poursuivi son discours en lui demandant si il avait bien pris ses gouttes, plus pour engager la conversation que par réel intérêt pour la réponse. Avec toutes les émotions qu’il avait connues dans la journée, il était incapable de le préciser. Tout à coup, un violent coup de frein ramena Bernard à la réalité. Le chauffeur venait d’éviter un groupe de piétons qui traversait inconsciemment la chaussée. Le trouble de Bernard était à son comble tant ses souvenirs se précisaient. Il revit Thérèse levant la tête le regardant sans un mot. Ses yeux noirs et froids ne dégageaient aucun sentiment. Bernard se rappela alors que par automatisme il prit ses gouttes restant consterné devant le comportement insaisissable de sa femme. Il préféra quitter la pièce sans un mot. Il commença à se sentir mal en fin de soirée. Il se rappela avoir ressenti de violentes douleurs abdominales semblables à des spasmes. Il fut pris de vomissements et de convulsions. Il avait enduré les crampes et les sueurs froides sous le regard impassible de son épouse. Elle le suivait partout dans la maison. Il prit d’abord son comportement pour de la compassion mais après réflexion plus il repensait à cette scène, plus il était convaincu que ses agissements tenaient plus d’une curiosité malsaine et morbide. C’est donc agonisant que Bernard avait demandé la venue d’un docteur. Cependant, lorsque celui-ci arriva, Bernard se souvint à quel point le médecin avait été démuni devant la situation car il ne comprenait pas les raisons de ce mal soudain. C’est donc épuisé par la douleur que Bernard s’endormit ce soir là.

Des coups de klaxons retentirent et sortirent Bernard de ses pensées. Il était donc possible qu’il se soit lui même intoxiqué la première fois. Cependant cela n’expliquait pas les motivations de Thérèse par la suite. A l’instar des savants fous, elle avait réalisé des expériences sur Bernard pour satisfaire ses désirs morbides. Selon elle, elle souhaitait s’évader de sa morne existence. C’est à ce moment que le taxi d’arrêta devant la gare d’Austerlitz. Le chauffeur indiqua à son passager qu’il était arrivé à destination. Il sortit de la voiture en songeant encore à Thérèse. Une femme qu’il avait peut-être mal aimé et qui avait partagé une partie de sa vie. Il pensait la connaître depuis l’enfance mais finalement cette femme n’avait été et ne resterait44 à ses yeux qu’une étrangère.

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